Jünger, pour un abécédaire du monde
  • 139 pages
  • Livre broché
  • 12 x 19 cm
  • Encre Marine
  • Parution :
  • CLIL : 3435
  • EAN13 : 9782909422039
  • Code distributeur : 33709
  • Export ONIX 3.0

Jünger, pour un abécédaire du monde

Préface de : François DAGOGNET

Présentation

L'univers des insectes, foisonnant et sans attrait, forme un ensemble de signes où se lit la subtilité infinie des choses comme la trace des plus brefs destins. Le grand Livre du Monde, épelé par Jünger, a pris la couleur des enluminures. Le scarabée s'arrache à la terre, en vrombissant comme un aéronef et la cicindèle éteint son éclat sur le rivage deux images nimbées par un soleil qui est aussi celui de la raison.

Cet essai accompagne Jünger dans ses poursuites et ses navigations. Les chasses subtiles ont sublimé la vanité de la chasse. Les dérives du drogué font glisser le fragile esquif vers des mirages que n'aurait pas désavoués l'Arioste.

Presse

 C'est un très joli livre que cette étude de Claude Gaudin sur Ernst Jünger et sa vision hiéroglyphique d'un monde que nous sommes *invités à appréhender en permanence comme message à déchiffrer : Joli d'abord par sa présentation, car Encre marine l'a conçu comme un objet bibliophilique raffiné, jouant sur un précieux camaïeu de gris et laissant encore au lecteur le plaisir à l'ancienne d'en découper les pages, usage que seuls quelques happy few comme les éditions Corti persistent intrépidement à pratiquer, mais joli plus encore par l'élégance de la pensée et la qualité d'une énonciation qui unit avec bonheur exactitude et poésie. Elle ne fait ainsi qu'adopter une attitude mimétique par rapport à son sujet pour Jünger, l'écriture n'est-elle pas une activité qui exige au moins autant de rigueur que la science, dont le caractère chiffré ne constitue pas. a priori une garantie de vérité ?Exégète subtil, amateur au sens le plus noble de l'œuvre de Jünger, Claude Gaudin a choisi de l'aborder selon des angles d'attaque limités et bien précis : la nomination, la chasse subtile, l'exploration du monde des drogues, la réflexion sur l'indifférencié. Il semble presque s'excuser, au début de son ouvrage, de ne pas avoir pris en vue le peintre de la guerre : mais il sait assurément lui-même que Jünger considère son œuvre comme une totalité organique : bien loin de n'être que la somme de ses parties, elle constitue à ses yeux une entité vivante, et si l'on sait choisir les plus parlants d'entre ses multiples aspects, on parvient aisément au cœur de sa problématique. Pour y accéder, Gaudin est d'ailleurs constamment aidé par la solidité de sa culture philosophique qui lui permet d'identifier ici une référence au fameux dilemme du Cratyle quant à la liaison arbitraire ou nécessaire entre les mots et les choses, là une résurgence possible de Plotin dans l'évocation de l'Un : mais il se garde bien de réduire la démarche jüngerienne a une entreprise simplement conceptuelle : dans ce domaine aussi, l'écrivain du Cœur aventureux reste fidèle aux prises de risque de son adolescence : « Le paradoxe vient de ce que la vision de l'unité n'est pas le succès d'une dialectique intellectuelle. Elle est obtenue par des procédés marginaux et dangereux comme l’ivresse des bacchants » (Gaudin, p. 114). Toutefois, Jünger n'abandonne pas pour autant les garde-fou de la raison, et Gaudin cite judicieusement dès le début de son étude un passage essentiel du Journal : « Ce qui me distingue des romantiques, et m'éclaire dans mes voyages à travers les mondes d'en haut et d'en bas : ce vaisseau cosmique qui me permet de plonger, de voguer, de voler, de traverser les mondes en feu et les empires du rêve, est toujours muni d'un matériel que la science a produit ».On aura compris que ce bref essai est parvenu à beaucoup dire : on y voit paraître les références à Poe et à Hoffmann, si importantes pour Jünger, l'évocation des jardins d'Adonis et des systématiques de Linné et de Tournefort, la réflexion sur le règne paternitaire d'Héraclès et les dangers potentiels de la destruction des monstres qui tend à basculer vers une mise en question par l'homme de l'intégrité de son environnement. Une réflexion sur la chasse prend fondamentalement appui chez Pascal en analysant dans la perspective des modernes la notion de divertissement, où « l’angoisse d'exister, ce que l'homme fuit, prend figure symbolique ». Mais loin de sombrer dans le pessimisme, l'étude montre bien comment Jünger résiste de toutes ses forces à la tentation du nihilisme contemporain, tant moral que métaphysique ; l'éclipse des dieux personnalisés n'aboutit pas à une fin du monde car – laissons pour conclure la parole à Gaudin – « C'est au moment indécis où toute forme s'évanouit qu'on aperçoit l'indifférencié, non pas comme la nuit des apparences mais comme l'aube des épiphanies ». 
- 01/03/2002

 "[...] Un essai philosophique bien argumenté [...] ; Jünger est présenté comme l'explorateur de la nuit, qui le matin engrange ses moissons, observations de la vie minuscule, celle des insectes et des végétaux. [...] La chasse subtile apparaît comme une éducation du regard, afin qu'il devienne capable de voir l'invisible, pôle véritable de toute poursuite. On n'est pas loin d'une forme moderne de la mystique, mais sans appel à la transcendance : qu'importe l'Au-delà quand on pressent l'au-delà dans toute chose. La chasse élevée aux dimensions d'une expérience intérieure où l'on côtoie les frontières du grand secret."
- 30/10/1992

Découvrez aussi

Lucrèce
Le travail vivant de la poésie
L'Immémorial
Sous la langue, Artaud
Du pessimisme
Histoire et civilisation Textes et études Philosophie et sciences humaines Arts Théâtre Religions / Théologie Mythologie Essais, journaux et correspondances Littératures modernes et contemporaines Poésie Sciences Économie / Société Papeterie, objets dérivés