Philosophie d'un retournement
  • 120 pages
  • Livre broché
  • 16 x 22.5 cm
  • Encre Marine
  • Parution :
  • CLIL : 3126
  • EAN13 : 9782909422527
  • Code distributeur : 33697
  • Export ONIX 3.0

Philosophie d'un retournement

Présentation

La philosophie a souvent étudié ce qui se situe au centre. Ainsi la surface ne pouvait qu'en être déconsidérée.Le présent ouvrage a choisi le chemin contraire: c'est bien au dehors que le dedans s'exprime. Il s'ensuit que le subjectif se donne à voir à celui qui accepte de recueillir ses manifestations obliques, infirmes, apparement futiles.

Presse

 ÉLOGE DE LA SURFACEFrançois Dagognet enfonce le clou. Après la forme (Pour titre théorie générale des formes) (Philosophie de l'image), l’objet (Éloge de l’objet. Pour une philosophie de la marchandise) l’abject (Des détritus, des déchets, de l’abject), il poursuit dans son dernier livre, (Philosophie d’un retournement) son entreprise critique visant à redonner leurs lettres de noblesse aux catégories méprisées, reléguées comme obscures et sans grade par la « grande philosophie », entendons la tradition métaphysique et l’idéalisme qu’elle véhicule. Cette fois, c’est l’extériorité qui est revalorisée et c’est une « exologie » qui est proposée, c’est-à-dire une « défense systématisée de l’extériorité, généralement ignorée sinon méprisée ». Le projet est ambitieux car le philosophe canonique, homme d’intérieur, et d’intériorité, retiré dans son poêle pour s’entretenir de ses pensées parce que mal à l’aise dans le monde extérieur où depuis Thalès il ne cesse de tomber dans des puits, a rudement balisé le terrain. Il s’attache à l’esprit derrière des sens souvent jugés trompeurs, au moi derrière ses apparences, à la substance derrière ses accidents, à l’âme derrière le corps, à la chose en soi derrière le phénomène, au fond derrière la surface.À l’opposé de ce dualisme appauvrissant, François Dagognet avertit : La séparation du noble et du commun, la distinction du pur et de l’impur annoncent un dangereux dogmatisme mais aussi une fâcheuse propension à éliminer ce qu’on tient pour médiocre et sans valeur. » Dans la foulée de Freud (attentif aux faits écartés comme trop insignifiants), de Nietzsche (pourfendeur des « arrière-mondes » de Marx aussi pour qui la marchandise était« Pleine de subtilités métaphysiques et d’arguties théologiques »), le matériologue François Dagognet nous entraîne avec un entrain jubilatoire, une érudition passionnante et jamais pesante, dans son œuvre de retournement et de réhabilitation de la surface. De la vie (surprise dans son acmé à la périphérie et non pas au centre) aux efforts de l’art contemporain pour démultiplier le visible et le dépasser en nous offrant l’envers et l’endroit, en passant par l’objet et « la défense du contenant » (le flacon, plutôt que le seul parfum !) et une psychologie n’hésitant pas situer « le moi » au dehors, nous balayons les domaines où « toujours, l’intérieur tend à se perpétuer, à rayonner, donc à se manifester ». Le « tout est surface » de Paul Valéry nourrit cette méditation tonique et décapante 
- 07/06/2001

 Les vertus du dehors L'interne, l’intime, le plus protégé, le mieux caché, l’inaccessible à toute observation, est-ce vraiment cela le plus précieux ? Une ligne de pensée ancienne et tenace n’a cessé de le faire croire. L’essentiel, à l’entendre, résidait au-dedans, dans quelque secret central se dérobant au regard. Cette supériorité valait pour l’humaine psychologie (le for intérieur), pour les conceptions de l’organisme (le milieu intérieur) aussi bien que pour les idées. En ce dernier domaine, il s’agissait toujours de viser l’essence, d’aller directement au cœur intelligible des faits, par-delà les apparences. La directive d’ensemble — sous des formulations variables selon les philosophes — était bien de ne pas se laisser distraire par les formes sensibles, les surfaces, les images. Le penseur devait s’appliquer à négliger la diversité des matières inertes, la créativité des tissus vivants, l’inventivité des objets humains. Ces chatoiements infiniment variés n’étaient que leurres. De pauvres ombres, des tromperies, des obstacles. Derrière, dessous, au centre résidait ce qui compte et vaut la peine qu’on s’y intéresse, par exemple l’âme, le propre, l’idée.Le grand mérite de l’œuvre singulière et prolifique de François Dagognet, c’est d’avoir rompu avec ces préjugés en portant l’attention, systématiquement, de livre en livre, depuis plusieurs décennies, sur tout ce que la métaphysique de l’intériorité et des arrière-mondes a laissé de côté, et dévalorisé, et méprisé. Ainsi a-t-on vu François Dagognet s’intéresser en philosophe aux cailloux, à la bakélite, aux manières de classer, à la peau, aux poils, aux ongles, à la forme des verres de bistrot et des couverts de table, aux ordures, aux déchets. Entre autres ! En repartant de toutes ces formes de dehors, il a su montrer — de manière à la fois rigoureuse, provocante et ironique — que l’extérieur nous transmet les informations les plus importantes. Selon ce philosophe paradoxal et défricheur, tout ce qui est visible, externe, offert à l’observation directe ou indirecte, contient en effet les richesses et les inventions les plus grandes. Un pas encore, l’intériorité sera presque une fable. En tout cas, le privilège insigne accordé à l’intimité risque de devenir une légende sans intérêt.Ce retournement, le dernier livre de François Dagognet le donne à voir de manière éclatante sur quelques domaines fort divers. Ainsi la botanique fournit-elle l’exemple d’une vie qui ne cesse de s’orienter vers le dehors. Ainsi les emballages, du flacon modeste aux contenants sophistiqués, permettent-ils de comprendre que tout se joue dans les surfaces. Ou bien les vêtements et leurs constantes évolutions aident à saisir que le "moi" est un processus visible et changeant, non une substance immuable et cachée. Enfin certains artistes contemporains (notamment Christo, Arman, le groupe Supports-Surfaces) confirment aux yeux du philosophe la victoire présente d’une pensée du sensible. A travers la diversité de ces exemples, il s’agit de discerner un même passage vers le dehors. François Dagognet ne nie évidemment pas l’intériorité. Ce serait excessif et absurde. Mais il conteste son caractère ineffable. Il combat sa prétendue supériorité, abusivement valorisée. A ses yeux, l’intérieur ne cesse de passer à la surface, de s’y manifester. A ceux qui veulent scruter le dedans, il suffirait donc de devenir, enfin, attentifs au dehors. […]Ces deux essais fort différents n’ont pas seulement en commun un intérêt pour le dehors comme pour un thème nouveau, une préoccupation générale. Ils mettent en œuvre une certaine manière de sortir, c’est-à-dire d’ouvrir la pensée à des domaines négligés, des faits oubliés, des cultures ou des connaissances jugées autrefois indignes de la majesté philosophique. Les y élever ne suffit pas, après les avoir sortis de l’oubli ou de l’abjection. C’est au contraire cette majesté même qui est en cause. La tâche essentielle consiste donc à prendre appui sur ces "dehors" multiples pour reconsidérer de manière critique et distanciée les plus profonds ancrages de notre propre "dedans". Bon nombre d’autres chercheurs s’y emploient. Car en ces parages ce n’est pas le travail qui manque. 
- 14/06/2001

 Mal connue des médecins, l'épistémologie est une discipline passionnante qui non seulement permet de mieux comprendre le cheminement des idées dans les sciences, mais aussi nous aide à penser autrement un certain nombre de questions et de problèmes. C'est ce que nous invite à faire François Dagognet dans une œuvre prolifique et décapante dont cet ouvrage est le dernier exemple. S'intéressant à tout ce que la pensée néglige ou considère comme secondaire, il attire notre attention sur ce qui est extérieur, périphérique ou en marge et donc fatalement superficiel par opposition à la profondeur, au contenu ou à l'intériorité qui sont des concepts beaucoup plus valorisés. Pour François Dagognet, le plus important n'est peut-être pas l'intérieur mais l'enveloppe, c'est-à-dire finalement la frontière avec le monde extérieur d'où nous parviennent les informations les plus cruciales. Ses champs d'investigation sont multiples (la production des objets, l'anthropologie, l'art contemporain…) mais la biologie y occupe une bonne place. Déjà il y a quelques années dans un petit ouvrage, consacré à la peau et qui n'était pas passé inaperçu, il avait poussé au paroxysme la formule de Valéry : « ce qu'il y a de plus profond chez l'homme, c'est la peau ». Reprenant cette idée d'une façon plus générale et relativisant le fameux milieu intérieur cher à Claude Bernard, Dagognet tente de montrer que la surface (la peau, la fourrure, la carapace, la coquille…) loin d'être une enveloppe inerte constitue au contraire « l'essentiel de la vitalité, son coup de maître, parce qu'elle détient les éléments de base de la sensibilité et qu'elle nous avisera, à l'avance, de ce qui nous attend ou nous menace ; parallèlement, s'amorce aussitôt l'obligation de la motilité : ou bien avancer ou bien s'enfuir. C'est à la jointure du milieu et du vivant que se joue le drame de l'existence ». En gros, si vous voulez savoir comment cela fonctionne à l'intérieur, regardez dehors ! À l'heure où quelques doutes apparaissent sur les prétentions de la biologie moléculaire, on a peut-être intérêt à écouter et à lire François Dagognet.N.B. : est-ce en écho de l'auteur que l'éditeur a si bien soigné son ouvrage ? Texture du papier, plaisir de découper les pages, belle couverture protégée par du papier cristal : toute l'enveloppe ici nous pousse à découvrir le contenu
- 08/10/2001

 Le philosophe dijonnais, auquel Jean Brun aimait se référer, s'efforce, livre après livre, de retourner le retournement kantien et tout ce qui lui ressemble, qu'il nomme le « catharisme », c'est-à-dire la propension à ne considérer que le monde des idées, des esprits purs, de l'Idée prétentieusement plaquée que le monde réel jugé sans cela inconnaissable et de peu d'intérêt. La démarche est profondément louable, elle s'appuie - pourquoi pas ? - sur une longue enquête à travers l'esthétique, la psychologie, les objets les plus divers, de l'appareil électro-ménager au TGV, d'où il ressort que si « montrer, c'est cacher », l'inverse est également vrai, comme le veut l'artiste assez particulier qu'est Christo, spécialiste des enrobabes de monuments dans des sacs plastiques : « cacher, c'est montrer ». L'enquête aboutit sur des considérations concernant le thème pascalien du Deus absconditus et sur l'Eucharistie, un peu hasardeuses, il faut le dire, mais qui conduisent, après ces longs détours, à admettre le réalisme de l'Incarnation. Cette démarche à contre-courant est servie par une très belle édition à l'ancienne. 

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