Une Lecture frivole des Écritures
  • 136 pages
  • Livre broché
  • 16 x 22.5 cm
  • Encre Marine
  • Parution :
  • CLIL : 3126
  • EAN13 : 9782909422749
  • Code distributeur : 33762
  • Export ONIX 3.0

Une Lecture frivole des Écritures

L'essence du Christianisme de Ludwig Feuerbach

Présentation

Il y a là, tout d'abord, un très vieil intérêt pour la révolution. Ainsi que pour l'histoire du matérialisme. Un intérêt, cela va de soi, bien plus ancien que la katastroïka : car pas un lycéen communiste ne pouvait ignorer dans les années 70 de ce siècle qui, peut-être, aura été le dernier (?) que Marx devait quelque chose à Ludwig Feuerbach. Que l'auteur de l'Essence du Christianisme n’avait pas voulu ou pas pu donner la philosophie du socialisme, mais qu’il fut un penseur socialiste. Nous savions même que F. Engels avait fait figurer le nom de ce disciple dissident de Hegel dans le titre d’un opuscule que l’on nous présentait comme un compendium du marxisme. Puis vint Louis Althusser, qui soutint avec un brio peu commun que Marx ne parla vraiment en son propre nom que lorsqu’il commença de rompre avec la problématique de la nature humaine, avec l’anthropologie philosophique, dont Feuerbach aurait été le dernier héraut. Il y eut à ce propos beaucoup de batailles d’Hernani qui, toutes, semblaient faire de Feuerbach un enjeu. Les quelques réflexions et notes de lecture dont ce livre est issu traitent principalement d’un Feuerbach qui nous convie à une interprétation délibérément prosaïque, à une lecture quelque peu volage, indocile, ironique à l’occasion et, pour le dire en un seul mot, frivole, des textes que l’on dit sacrés.

Presse

Le XXIe siècle subissant la manipulation extrémiste des idées religieuses, et non le triomphe de la réflexion spirituelle prophétisée par Malraux, ce professeur de philosophie analyse comment au XIXe siècle Feuerbach vit dans la théologie matière à une nouvelle anthropologie. Dans la conclusion de son principal essai L'Essence du christianisme qui développe l’idée qu’avec Dieu l’homme projette dans l’absolu son être et ses propriétés, Ludwig Feuerbach propose de considérer les sujets religieux comme relevant d’abord de l’être humain, et inversement, comme sacrées les dimensions quotidiennes et naturelles de l’homme. Ainsi peut-il être, selon lui, donnée « à la vie en tant que telle une signification religieuse. Saint soit donc pour nous le pain, saint soit le vin, mais sainte aussi l’eau ». La réponse chrétienne à cette théorie vient d’une lettre du 24 novembre 1841 où Arnold Ruge demande au philosophe de retirer ce passage qu’il accuse d’abaisser au profane les éléments de la Cène et du baptême, qualifiant l’interprétation de Feuerbach de « frivole et superficielle ». Comme antithèse à cette dénonciation rapide, l’auteur propose, dans ce livre précisément intitulé Une lecture frivole des Écritures, une étude concise et complète du texte principal de ce penseur, dont la réflexion s’inscrit dans la réfutation du spiritualisme d’Hegel et qui servit de fondements aux réflexions de Marx et Engels. L’homme est ce qu’il mange Le principal apport de Feuerbach à la philosophie moderne réside dans l’idée que Dieu, notamment le Dieu chrétien, ne serait autre que la projection de l’être humain dans l’absolu. L’identité de l’esprit humain avec le divin, affirmée par les partisans de Hegel, n’est pour Feuerbach que l’identité de l’homme avec lui-même. Quand il parle de Dieu, celui-ci projette hors de lui ses pensées les plus élevées : l’être dans lequel elles sont contenues n’a pas de réalité hors du sentiment qui le crée. Selon Feuerbach, il est de l’essence des religions de vouloir créer des dieux, élaborés selon le modèle de ceux qui les façonnent. Montesquieu faisait déjà écrire à ses personnages : « On a dit fort bien que, si les triangles faisaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés ( Lettres persanes, chap.LIX ) ».L’étude de la théologie montre ainsi qu’il n’y a pas de différence entre les prédicats de l’être divin et ceux de l’être humain : elle renseigne donc essentiellement sur les attributs que se reconnaît celui-ci. Par exemple, dire que Dieu est justice et bonté signifie que l’homme est convaincu que la justice et la bonté sont ses qualités les plus élevées, raison pour laquelle il les a placées dans cette entité divine créée pour symboliser son image magnifiée, à la fois miroir grossissant et portrait de ce qu’il doit être. Selon la lecture de Jean Salem, « l’être infini n’est rien d’autre que l’infinité de l’homme personnifiée ». La théologie résiderait donc dans l’idée qu’il y a les mêmes déterminations en Dieu qu’en l’homme, finies chez celui-ci et infinies en celui-là…De là découle la qualification de matérialiste de la philosophie de Feuerbach, qui ne reconnaît aucune présence supérieure à l’homme, début et fin de la nature, intégral et lui-même, sans séparation âme-corps ou appréhension supérieure par une certaine déité. « Der Mensch ist was er ist »: l’Homme est ce qu’il est. Feuerbach jouant sur l’homonymie du verbe 'être’ (ist) et du verbe ‘manger’ (ißt) conjugués en allemand, ainsi peut-on déduire la phrase insistant sur le matérialisme de l’homme, exempt de toute appréhension spirituelle : l’Homme est ce qu’il mange. Genèse et conclusions d’une thèse : entre Hegel et Marx L’intérêt de l’ouvrage de Jean Salem réside surtout dans l’approche didactique adoptée, à la fois précise et exprimée dans un vocabulaire compréhensible pour un non-philosophe. Loin de s’en tenir à l’exposé du cœur de la thèse de Feuerbach, esquissé précédemment, le professeur envisage les implications que l’auteur de L’Essence du christianisme énonça dans son livre. Ainsi est étudiée l’idée qu’en dotant Dieu de toutes ses qualités, et en les absolutisant, l’homme s’en dépouille et se sent alors privé de tout bien : pécheur et perdu face à cet être idéal, il devient injuste envers lui-même et oublie que Dieu est l’homme lui-même dans sa plus haute expression. En créant le divin, l’unité de l’esprit humain se brise et conduit à avoir d’une part une divinité qui, à force d’être glorifiée, fut progressivement considérée comme inhumaine et d’une infinité sans origine, et d’autre part un être humain sacrifié. Ayant oublié avoir placé ses propres attributs dans cette figure infinie, il ne vit que dans la culpabilité de ne pas être au degré de perfection exhibé en face de lui.C’est de cette observation que Feuerbach déduit le principe d’aliénation, exposé là encore par Jean Salem de manière précise : selon celui-ci, l’essence de Dieu est celle de l’homme séparée des bornes de l’individu, Dieu étant constitué des facultés de l’homme qui, divinisées, lui deviennent alors étrangères et s’opposent à lui : « pour enrichir Dieu, l’homme doit s’appauvrir ( L’Essence du christianisme, Introduction ) ».L’auteur analyse enfin les fondements et la postérité de la thèse de Feuerbach : on y lit que Marx et Engels fondèrent leur concept d’aliénation sur la réflexion du philosophe, s’en tenant à envisager le rapport de l’ouvrier à sa production et dans son rapport social concret. La spéculation hegelienne était fondée sur la prétendue dépendance du réel à l'égard de l’idée, voire sur une déductibilité intégrale du réel. L’analyse de cet abus des idées et des noms conduit alors le lecteur à se poser la question de son rapport aux mots et à la puissance du verbe, quand la seule évocation vaut parfois, dans notre raisonnement, la réalité elle-même. Philosophe à redécouvrir, éditions à suivre Dans un monde enclin à s’abandonner dans les leurres d’idéologies manipulant l’idée de divin pour mieux maîtriser les rapports politiques des hommes, la pensée de Feuerbach insiste sur une conséquence parfois méconnue de la religion qui, en reliant l’homme à Dieu dans un rapport de subordination, abaisse celui-là, lui confère un sentiment inique d’infériorité et l’éloigne de son prochain alors qu’elle doit l’y ramener. Est-ce à dire que l’étude lucide des textes de foi comme textes d’abord écrits par l’être humain doit nous amener aujourd’hui à une religion de l’Homme ? Feuerbach semble d’une actualité flagrante. Jean Salem, dans son étude stricte, donne matière à une réflexion favorisée par la lecture d’un livre complet, qui plus est bel objet d’une maison d’édition que nous savons exigeante

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