Médecine, santé et sciences humaines

Médecine, santé et sciences humaines

Manuel

Préface de : Tzvetan TODOROV, Sous la direction de : Jean-Marc MOUILLIE, Christian BONAH, Claire HAXAIRE, Anne-Laurence PENCHAUD, Laurent VISIER

Présentation

Cet ouvrage pluridisciplinaire est destiné à accompagner l'enseignement de sciences humaines et sociales au sein de la formation médicale et des formations en santé. Il s'adresse aux étudiants et à tous ceux qui s'engagent dans les métiers du soin ou qui s'intéressent aux questions épistémologiques, éthiques et sociales impliquées par la médecine contemporaine. Il est principalement l'émanation du Collège des enseignants de sciences humaines et sociales en faculté de médecine et en santé fondé en 2008, qui réunit les enseignants, médecins et non médecins en charge de cet enseignement en France, avec le concours de chercheurs étrangers spécialistes des thématiques abordées.

Les auteurs, médecins et non médecins, sont des spécialistes des thèmes abordés travaillant aussi bien en sciences humaines (comme anthropologues, économistes de la santé, historiens, juristes, philosophes, psychanalystes, psychologues, sociologues) que dans le monde de la santé (en biologie, cancérologie, génétique, gériatrie, médecine générale, médecine interne, neurologie, neurochirurgie, psychiatrie, rééducation fonctionnelle, et dans les soins infirmiers). Le projet résulte notamment de la collaboration de responsables et enseignants en sciences humaines et sociales des facultés de médecine françaises.

Biographies Contributeurs

Tzvetan TODOROV

Philosophe, essayiste ; Chercheur au CNRS depuis 1971, directeur depuis 1987 du CRAL, Centre de recherches sur les arts et le langage (en 2002)

Jean-Marc MOUILLIE

Maître de conférences de philosophie, université d'Angers, faculté de médecine

Christian BONAH

Médecin et historien, professeur en histoire des sciences à l'Université Louis Pasteur, Strasbourg I. Il travaille dans le domaine de l’histoire sociale des sciences médicales et de la santé. Il a publié entre autres une histoire franco-allemande de la formation médicale (Instruire, guérir, servir, PUS, 2000) et co-dirigé La médecine expérimentale au tribunal (EDAC, 2003), Histoire et médicament (Glyphe, 2005) et Nazisme, science et médecine (Glyphe, 2006).

Claire HAXAIRE

Maître de conférences en anthropologie à la faculté de médecine de Brest

Anne-Laurence PENCHAUD

Maître de conférence en sociologie à la faculté de médecine d'Angers

Laurent VISIER

Professeur de sociologie à la faculté de médecine de Montpellier

Extraits

Les sciences humaines peuvent-elles aider les futurs médecins dans l’exercice de leur métier ?
Nous sommes habitués à diviser l’être humain en corps et esprit, le premier participant du monde physique et chimique, le second se manifestant sur les plans psychique et social. Nous savons pourtant aussi que cet être est tout un, que corps et esprit agissent l’un sur l’autre, parfois de manière tyrannique. L’une de ces intrusions, l’action physique-chimique sur les propriétés de l’esprit, a trouvé depuis fort longtemps sa place légitime à l’intérieur de la médecine : on soulage la détresse des patients angoissés et déprimés en leur administrant des médicaments, on circonscrit manies et folies en faisant absorber aux malades comprimés et gouttes. L’autre forme d’intervention, celle qui part de la connaissance de l’esprit pour atteindre la santé du corps, n’est pas moins répandue dans la pratique mais elle n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse ; et c’est à elle qu’est consacré le présent ouvrage.
Le médecin profitera de sa connaissance du monde humain en toutes sortes de circonstances. Prenons le cas de base, celui où il cherche à guérir un malade. Pour commencer, il doit établir un diagnostic, identifier le mal dont souffre le patient. Agira-t-il à la manière d’un vétérinaire soignant un cheval ou une vache, s’en tenant donc à la seule observation des symptômes apparents ? Il est vrai qu’à la différence des médecins de l’Antiquité, les praticiens d’aujourd’hui disposent d’instruments performants, qu’ils peuvent faire pratiquer des analyses des tissus, du sang ou des urines, regarder à l’intérieur du corps grâce à la radiographie et à l’échographie. Pourtant, les instruments les plus évolués ne suffiront jamais pour produire mécaniquement le jugement du médecin, et pour cause : il a affaire à la fois à des maladies génériques, comme le chercheur en laboratoire, et à des individus malades, tous différents les uns des autres. Il n’y a donc aucune raison de se priver de cette autre source irremplaçable d’informations sur l’individu : la parole et les gestes du malade.
(Extrait de la préface de Tzvetan Todorov)

Table des matières

Préface Médecine et sciences humaines
Introduction Soin et sens

Nature de la médecine
1. Médecine magique, médecine rationnelle
2. Acteurs professionnels, traditionnels ou alternatifs, et populaires ou profanes du système de soins de santé
3. La médecine est-elle un art ?
4. La médecine est-elle une science ?

Profession
5. Histoire de l’hôpital en France
6. Le développement de la pensée infirmière
7. La profession médicale à travers l’histoire
8. Histoire des honoraires médicaux
9. Le médecin comme professionnel
10. La socialisation professionnelle en médecine
11. Le soin est-il féminin ?

Affects, apprentissage et métier
12. Cadavre et dissection
13. Le dégoût
14. Les affects dans le soin
15. De la pudeur en médecine

Santé et maladie
16. La signification de la maladie
17. Les trois dimensions de la maladie
18. La construction sociale des maladies
19. Les concepts de santé et de maladie : apports de la philosophie anglo-saxonne de la médecine
20. Le normal et le pathologique

Le raisonnement médical
21. Du symptôme à l’idée de maladie
22. Du raisonnement à la décision en médecine
23. Médecine et psychanalyse

Corps et esprit
24. Le problème du corps et de l’esprit
25. Le regard des neurosciences sur la vie morale
26. Tester le sujet (la psychométrie et ses usages)

Éthique
27. Éthique et morale
28. La déontologie médicale et son ambiguïté éthique
29. Nécessité de l’éthique médicale
30. L’éthique de la discussion
31. L’éthique face à l’indécidable
32. L’utilitarisme
33. La personne et le respect de la personne
34. La valeur de la vie

Observance
35. La mesure de la qualité de vie
36. La prévention
37. De l’éducation sanitaire à la promotion de la santé
38. Du médicament du point de vue du médecin au remède du point de vue du malade
39. Non-observance et inertie clinique : deux mises en défaut de la relation de soin

Éthique clinique
40. La casuistique
41. L’éthique clinique
42. Le consentement du patient et les modèles de la relation médecin-patient
43. Les principes de bienfaisance et de non malfaisance
44. Éthique de l’autonomie, principe d’autonomie
45. Vers une éthique de la responsabilité

Responsabilité
46. De la responsabilité médicale à l’indemnisation des accidents médicaux
47. La médecine, l’opinion publique et le scandale
48. Est-il pertinent de parler d’une judiciarisation de la médecine ?

Acteurs
49. Les droits des personnes malades
50. Le refus de soin
51. Malades, patients, usagers
52. Les malades peuvent-ils être un acteur collectif ?
53. Ce que le sida a changé
54. Définition et sens du handicap
55. Le handicap : une expérience singulière et collective

Souffrance
56. Approches psychologiques de la douleur
57. Douleur et souffrance
58. La souffrance, la plainte et l’écoute

Parole
59. L’éthique narrative
60. Les mots qui font peur, les mots qui font mal, le soin des mots
61. Littérature et psychiatrie : 4.48 Psychose de Sarah Kane

Fin de vie
62. L’expérience du vieillissement
63. Fin de vie : sédation, limitations et arrêts de traitement, suicide assisté, euthanasie. Un « droit de mourir » ou un « droit du mourir » ?
64. L’euthanasie et la question de la mort

Justice, équité
65. Théories de la justice et systèmes de santé
66. Les inégalités sociales de santé
67. L’économie de la santé

Santé, travail, risque
68. Comprendre et intervenir sur la santé au travail : le cas des troubles musculo-squelettiques
69. Santé au travail et politique
70. La construction culturelle des risques de santé
71. Risque et société du risque
72. Santé et environnement

Universalité de la réflexion bioéthique
73. Le relativisme éthique a-t-il un sens ?
74. Bioéthique et diversité culturelle
75. Qu’entend-on par « bioéthique » ?
76. Le principe de précaution

L’expérimentation
77. Histoire de l’expérimentation humaine
78. L’expérimentation sur l’être humain : éthique et droit
79. Essais cliniques et médecine « des preuves »

Biopouvoir et médicalisation
80. La médicalisation de la société
81. Catégories raciales et ethniques en médecine
82. L’eugénisme
83. Retour sur les catégories de biopouvoir et de biopolitique
84. Nouvelles parentalités : entre médecine et société
85. Comprendre les relations entre sexe et genre à partir de l’intersexuation : la médicalisation en question

Agents thérapeutiques et corps ressource
86. Histoire de la thérapeutique
87. En quel sens mon corps m’appartient-il ?
88. Les règles juridiques de la propriété du corps humain
89. Le corps comme ressource. Éthique de la greffe.
90. Médecine, marchés et santé publique : de la préparation pharmaceutique au biocapital

Spectres du corps produit
91. Les enjeux scientifiques et éthiques du projet « Génome humain »
92. « Genetic Park » ou la transformation d’une île en laboratoire : l’Islande
93. Le clonage reproductif humain
94. Humanité modifiée, anthropotechnie et « human enhancement »
95. Le transhumanisme

Présentation des auteurs
Index analytique

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