Les Chrétiens de l'Antiquité tardive et leurs identités multiples
Les Chrétiens de l'Antiquité tardive et leurs identités multiples
  • 240 pages
  • Bibliographie, Index
  • Livre broché
  • 15.5 x 21.5 cm
  • Histoire
  • N° dans la collection : 127
  • Parution :
  • CLIL : 3347
  • EAN13 : 9782251381275
  • Code distributeur : 48809
  • Export ONIX 3.0

Les Chrétiens de l'Antiquité tardive et leurs identités multiples

Afrique du Nord, 200-450 après J.-C.

Traduit par : Alexandre HASNAOUI

Présentation

Pendant longtemps, l'étude de la vie religieuse dans l’Antiquité tardive s’est appuyée sur l’idée que juifs, païens et chrétiens étaient en grande partie des groupes distincts, séparés par des marqueurs explicites en matière de croyances, de rites et de pratiques sociales. Cependant, depuis quelques années, un nombre croissant d’études ont révélé à quel point les identités dans le monde romain tardif étaient fluides, multiples et brouillées par les différences ethniques, sociales et sexuelles. Pour les chrétiens de cette période, la christianité n’était ainsi que l’une des identités disponibles parmi de nombreuses autres. Dans le présent ouvrage, Éric Rebillard explore la manière dont les chrétiens d’Afrique du Nord, entre le IIe et le milieu du Ve siècle, entre l’époque de Tertullien et celle d’Augustin, choisissaient les moments et les contextes dans lesquels ils s’identifiaient comme chrétiens. En déplaçant le curseur des groupes vers les individus et en mettant l’accent sur ces derniers, l’auteur remet plus largement en question l’existence de groupes soudés, stables et homogènes fondés sur la christianité. En montrant que le caractère intermittent de la christianité était un élément structurellement cohérent dans la vie quotidienne des chrétiens dans la période considérée, ce livre ouvre tout un ensemble de questions nouvelles qui nous permettront de progresser dans la compréhension d’une période cruciale de l’histoire du christianisme.


Éric Rebillard est professeur d’histoire romaine à Cornell University. Il a notamment publié : Les Frontières du profane dans l’Antiquité tardive, avec Claire Sotinel (2010) et Religion et Sépulture : l’Église, les vivants et les morts dans l’Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles) (2003).

Presse

... on se surprend à découvrir que l'étude de l'Antiquité tardive, séquence passionnante de l'Histoire, a mille choses à nous apprendre sur l'obscurité des temps postmodernes où nous sommes.
Le Figaro Littéraire - 23/10/2014

... ces études stimulantes reflètent les tendances actuelles de la recherche...
Le Figaro Histoire - 01/12/2014

... ce livre ouvre tout un ensemble de questions nouvelles qui nous permettrons de progresser dans la compréhension d'une période cruciale de l'histoire du christianisme.
Histoire antique et médiévale - 01/03/2015

... l'enquête est passionnante.
L'Histoire - 01/01/2015

... Eric Rebillard signe, en deux cents pages que distinguent la clarté et la passion, une étude sur les chrétiens d'Afrique du Nord dans l'Antiquité tardive.
La Quinzaine littéraire - 15/05/2015

Biographies Contributeurs

Éric REBILLARD

Éric Rebillard est professeur d'histoire romaine à Cornell University. Il a notamment publié : Les Frontières du profane dans l’Antiquité tardive, avec Claire Sotinel (2010) et Religion et Sépulture : l’Église, les vivants et les morts dans l’Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles) (2003).

Alexandre HASNAOUI

Diplômé de philosophie, Alexandre Hasnaoui est traducteur indépendant. Il a traduit de nombreux ouvrages pour les éditions Les Belles Lettres et pour Klincksieck.

Extraits

Chapitre I. Carthage à la fin du IIe siècle.
Dans sa magistrale étude consacrée à Tertullien, Timothy Barnes note : « Ce n'est sûrement pas un hasard si les trois plus anciens traités de Tertullien qui nous soient parvenus sont le De spectaculis, le De idololatria et ce qui apparaît dans les éditions modernes comme le deuxième livre du De cultu feminarum. Tous les trois traitent des mêmes problèmes : comment les chrétiens doivent-ils vivre une vie de foi dans une société païenne ? » (1985, p. 93).
Présenter la conciliation de la foi chrétienne et de la vie en société à Carthage à la fin du iie siècle comme un problème revient à adopter implicitement le point de vue de Tertullien. En effet, la plupart des chercheurs ont sous-estimé à quel point il était crucial pour la stratégie rhétorique de Tertullien d'interpeller les chrétiens sur ce « problème ». Dans ce chapitre, je montrerai que certains chrétiens n'envisageaient pas cette conciliation comme un problème, car la christianité n'était que l'une des multiples identités qui jouaient un rà´le dans leur vie quotidienne.

Chapitre II. La persécution et les limites de l'allégeance religieuse.
Dans l'Histoire ecclésiastique, Eusèbe décrit une succession de périodes de persécution et de paix correspondant aux règnes de différents empereurs. Toutefois, le point de vue qu'adopte Eusèbe sur ces événements est faussé par les circonstances contemporaines de la rédaction, et son récit des persécutions est par conséquent déformé par un certain nombre de présuppositions erronées (Barnes 1985, p. 149). Il y a maintenant un consensus général parmi les historiens pour dire qu'avant le règne de Dèce il n'y avait pas de législation impériale contre les chrétiens (De Sainte Croix 1963 ; Barnes 1968), et que Dèce lui-même ne visait pas les chrétiens quand il publia son décret (Rives 1999). Au contraire, la persécution était une affaire locale, qui reposait en fin de compte sur les gouverneurs. Dans la plupart des cas, les chrétiens étaient dénoncés aux autorités et arrêtés "car c'était un crime d'être chrétien", puis ils étaient jugés par le gouverneur. Les chrétiens pouvaient être dénoncés individuellement ou en groupes. Les témoignages sur les dénonciations elles-mêmes sont rares et ne vont guère au-delà de la mention du delator, généralement identifié comme le diable (Rivière 2002, p. 318), si bien qu'il est difficile de déterminer avec exactitude pourquoi les chrétiens étaient dénoncés.
C'est aussi une raison de plus pour procéder avec prudence et résister à la tentation d'accepter aveuglément les déclarations habituelles sur la haine populaire.
Je vais passer en revue les épisodes de persécution en Afrique du Nord à partir de la fin du IIe siècle jusqu'au début du IVe siècle.
La documentation d'Afrique du Nord, qui est particulièrement abondante et qui a été soigneusement étudiée, nous permet non seulement de mesurer l'intensité des persécutions, et donc le niveau de menace qu'elles faisaient peser sur la vie quotidienne des chrétiens, mais aussi d'analyser comment et par qui était utilisée la catégorie « chrétiens » dans ces contextes. Tout en réexaminant les témoignages sur le comportement des chrétiens, en tant qu'individus et en tant que groupe, j'essaierai également de déterminer quels étaient les mécanismes de mobilisation chrétienne en réponse à la persécution.

Chapitre III. Être chrétien à l'époque d'Augustin.
(...) L'époque théodosienne est traditionnellement présentée comme la période de la victoire du christianisme et de la mort du paganisme. Cependant, comme nous le rappelle Peter Brown, nous ne devons pas oublier que cette « représentation » était une construction venant « d'une brillante génération d'auteurs chrétiens » (Brown 1998, p. 633 ; voir aussi 1995). De même, la série de lois (ou plutôt les extraits de ces lois conservés dans le Code théodosien), qui mettaient le paganisme et les païens hors-la-loi et ordonnaient la fermeture des temples et la destruction des statues, ont souvent été interprétées comme résultant d'une politique religieuse générale. En réalité, toutefois, la plupart de ces lois étaient réactives et répondaient à des situations locales (Errington 1997, 2006). A titre d'observation préliminaire, il faut noter que la fermeture des temples et l'interdiction de toutes les pratiques rituelles associées aux cultes gréco-romains traditionnels n'impliquaient pas une christianisation de la vie publique. Comme l'a parfaitement démontré Claude Lepelley, non seulement les membres du clergé n'avaient aucune prise sur les institutions municipales, mais ces institutions restèrent inchangées (Lepelley 1979-1981, vol. 1, p. 371-376).
Augustin ne vit pas dans un monde chrétien, mais dans un monde dans lequel chrétiens et non-chrétiens partageaient la cité à la fois son espace et, la plupart du temps, ses valeurs. Les multiples aspects du « profane » à la fin de l'Antiquité ont été minutieusement examinés au cours des dernières années (voir Rebillard et Sotinel 2010). Ce « profane » ne doit pas être considéré comme un simple sous-produit de la christianisation, puisque le pluralisme religieux existait de facto bien des années avant que le christianisme ne devienne une option religieuse légale (North 1992).

Table des matières

Remerciements

Introduction

Dépasser le « groupisme »
La « pluralité interne » de l'individu
Les sources et leurs limites
L'Afrique du Nord, de 150 à 450 après J.-C.


Chapitre 1 : Carthage à la fin du IIe siècle

Tertullien et l'organisation chrétienne à Carthage
L'appartenance chrétienne
Définition
Rester membre
Déchéance

L’expression de l’appartenance chrétienne
Marqueurs extérieurs
Identification par association
Les signes d’identification
Identification par abstention

La christianité dans l’expérience quotidienne
De spectaculis
De cultu feminarum
De idololatria

Existait-il un « monde chrétien » séparé à Carthage ?


Chapitre 2 : La persécution et les limites de l’allégeance religieuse

Les persécutions à l’époque de Tertullien
Les épisodes de persécution avant 197
Les années 197 et 198
Hilarianus le persécuteur (202-203)
Les exécutions de 212-213
Conclusion

Tertullien et la mobilisation des chrétiens durant les périodes de persécution
Ad martyras
De corona militis
Scorpiace
De fuga in persecutione

Conclusion
Les chrétiens de Carthage et l’édit de Dèce (250)
L’édit de Dèce : intention, forme et mise en œuvre
L’hostilité et les attaques contre les chrétiens
Les réponses des chrétiens à l’édit

La soumission
Le compromis
La fuite
La confession
Les stantes
La persécution de Valérien (257-260)
Une émeute chrétienne ?
Épilogue : la « Grande Persécution »
La nature de la persécution en Afrique du Nord
L’application de l’édit de 303
Conclusion


Chapitre 3 : Être chrétien à l’époque de saint Augustin

Les lettres et sermons d’Augustin : leur témoignage et ses limites
Définir l’appartenance chrétienne
L’expression de l’ appartenance chrétienne  
Marqueurs exterieurs
La fréquentation de l’église 
L’Église et les rituels liés au cycle de la vie

La logique des acteurs
Le légalisme scripturaire
Le royaume de Dieu et le royaume des démons
Laïcs et ecclésiastiques

Les chrétiens et leurs identités multiples
Les chrétiens et les « communautés locales »
Les chrétiens et leurs patrons
Les chrétiens et l’identité civique
Les chrétiens et le jeu social

Organisation des ensembles d’appartenances catégorielles
Échange épistolaire et conflit d’identité
Dioscorus
Volusianus
Nectarius
Macedonius

Chrétiens et groupalité
Sufès
Calama
Carthage

Le rasage d'Hercule
La conversion de Faustinus
Conclusion


Conclusion

Les chrétiens et leurs identités multiples
Pluralisme religieux
L’abandon des vieux paradigmes
« Demi-chrétiens »
Le religieux et le profane

Nouvelles questions


Notes


Bibliographie


Index
 

Découvrez aussi

428
Voter pour définir Dieu
Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle
Chronique des derniers païens
Les Esclaves et l'esclavage
Histoire et civilisation Textes et études Philosophie et sciences humaines Arts Théâtre Religions / Théologie Mythologie Essais, journaux et correspondances Littératures modernes et contemporaines Poésie Sciences Économie / Société Papeterie, objets dérivés