Incandescence
  • 64 pages
  • Livre broché
  • 16.5 x 22.5 cm
  • 1 illustration
  • Encre Marine
  • Parution :
  • CLIL : 3435
  • EAN13 : 9782909422831
  • Code distributeur : 33770
  • Export ONIX 3.0

Incandescence

Échos intérieurs

Illustrations de : Sylvie BOQUIN

Présentation

Soixante ans après l'expérience térébrante de la déportation, Violette Maurice livre, dans ces poèmes, ses échos intérieurs, ses résonances intimes. Comment vivre après avoir connu dans sa chair l'effroyable, l'inimaginable, l'indicible? Peut-on même oublier? Il serait si bon d’oublier. Il y a si longtemps… Mais hier est tout proche, si proche et les visages de ces petits enfants, avant d’être réduits en cendres dans les crématoires, sont toujours là. Présents. Impossibles à effacer. La complicité charnelle avec ses co-détenus et la fraternité qui en naquit est, elle aussi, ineffaçable. Tous ceux qui ne sont plus, habitent cependant toujours son cœur, à croire que ce que Violette Maurice appelle « l’esprit » est, lui, indestructible. Mystère de la présence. Mystère de l’absence.

Presse

esponsables face à l'horreurArrêtée le 9 octobre 1943 (après plusieurs autres interpellations brèves) en même temps que mon père, je suis déportée en mars 1944, après un passage à Lyon-Montluc et dans diverses prisons allemandes, à Ravensbrück, dans le bloc spécial des N.N. (Nuit et brouillard). La vie y était dure, mais tellement chaleureuse. L’amitié entre les détenues était extraordinaire ; elle nous permettait de supporter des atrocités, comme les supplices des « expérimentations médicales » infligées aux jeunes Polonaises, et elle soutenait notre mental de résistantes. Nous savions que nous étions là pour continuer à défendre la liberté, à défendre ce en quoi nous avions cru, et j’ai été témoin, de la part de certaines camarades, d’actes héroïques qui m’ont marquée à jamais.Dans notre vie au camp, en fait, nous avons continué à être des résistantes (Violette MAURICE, N.N. in Écrire, résister, éd. Encre marine, La Versanne). Nous l’étions en esprit, parce que nous avions fait un choix libre ; nous l’étions aussi, pour une part, en actes, par nos solidarités, par nos insoumissions à la règle SS, par tout ce que nous inventions pour rester vivantes : poésie et chant en groupe par exemple. Il y avait en nous un tel besoin de croire encore que nous retrouverions la liberté que nous avions l’esprit assez fécond. Et c’est également de ce vécu dans les camps que provient ma première motivation à témoigner, après la guerre, de ce que nous avions connu ; « si jamais vous rentrez, vous parlerez », nous disaient des camarades au seuil de la mort.Ce passage à un statut de « témoin » n’a pas été facile. Dans la fin des années 1940, beaucoup ne tenaient pas tellement à ce que nous, les anciens résistants et les déportés, nous témoignions. On me l’a demandé parfois juste après notre retour, dans tel ou tel lycée, puis bien moins. Tout se passait comme si notre témoignage soulignait la lâcheté de beaucoup pendant l’occupation ; ils ne voulaient pas que soit dit, indirectement, qu’ils avaient suivi Pétain, qu’ils avaient accepté les horreurs faites aux Juifs… J’ai tenu, malgré une réadaptation difficile, à poursuivre cette tâche ; je le devais à l’ensemble de ceux qui avaient disparu en déportation – et nous éprouvions en quelque sorte un complexe vis-à-vis d’eux, comme une gêne d’être restés, si peu nombreux, en vie – et je voulais expliquer aux lycéens, et à mes propres enfants, comment, étant jeune, on peut se dévouer à une cause que l’on estime vraiment valable.Cet éveil à leur sens de la responsabilité m’a engagée à intervenir sans relâche. « Madame, croyez-vous que nous, dans des circonstances pareilles, nous serions capables de résister ? », m’ont-ils souvent demandé. Je leur réponds « oui », parce que je crois effectivement que, comme humains, nous avons des devoirs envers nous-mêmes et parce que leur interrogation manifeste déjà qu’ils ont rompu avec l’indifférence. Ce « oui », il est bon qu’ils l’entendent, comme un encouragement de notre part à s’engager.
- 01/03/2005

Primo Levi, Robert Anthelme, Jorge Semprun ont, entre autres, fait mentir le philosophe Adorno qui était persuadé que toute entreprise artistique demeurerait vaine après l'expérience d'Auschwitz, tant le degré de barbarie atteint là par les autorités nazies relevait de l'indicible. Écrivains, cinéastes, photographes, peintres marqués par la Shoah n'ont cessé depuis de revenir sur ces images d'horreur, et ont prouvé par leurs différents moyens d'expression que l'oubli n'était pas de mise. Ayant fait elle-même l'expérience de la déportation, Violette Maurice fait partie de ces artistes dont la voix ne peut s'empêcher de se retourner sur ce qu'elle nomme « ce passé hallucinant ». Dans son recueil Incandescence elle évoque par des poèmes qui saisissent le cœur les moments les plus douloureux de son existence. Les images qu'elle fait surgir ont la force des souvenirs qui sont devenus pour elle une véritable hantise — titre qu'elle donne d'ailleurs à l'un de ses textes. Mais elle sait aussi, grâce à une écriture qui se déploie dans une prosodie classique, restituer de façon poignante l'amitié qui est d'autant plus vive qu'elle s'oppose à la violence et la mort. Et même si elle voit dans ce qui se passa récemment à Sarajevo une terrifiante résurgence de ce qu'elle connut, elle garde un regard chargé d'espoir. Elle continue de s'émerveiller sur l'irréfragable beauté de la nature, la puissance de ses silences qui font naître des réminiscences cette fois plus heureuses, celles d'une enfance où l'inhumanité ne s'était pas encore montrée.
- 01/01/2005

Des poèmes épars exhumés de l'oubli où ils étaient enterrés depuis soixante ans, écrits au temps, ou peu après, où le poète connaissait la déportation et l’enfer concentrationnaire. Impressions, souvenirs, cris du cœur, et espoirs parsèment ces vers sincères, pour ainsi dire d’outre-tombe.

Une citoyenneté exigeante et ouverteUne certaine vision de la société et du monde à construire me motive également. Elle s'est forgée à partir de ce pour quoi nous avons combattu, de l’expérience de la fraternité entre résistants de toutes sensibilités et options politiques, et de la déception que j’ai ressentie vis-à-vis de la France que j’ai retrouvée à mon retour de déportation : nous savions que la collaboration avait existé, mais nous nous sommes aperçus que les appétits de guerre n’étaient éteints que dans les discours. Je devais donc, sous peine de me sentir inutile, parler de l’horreur de la guerre, de l’horreur des camps, et contribuer à la paix et à l’amitié entre citoyens différents. J’ai rejoint activement, pendant un bon nombre d’années — et cet engagement était d’ailleurs dans la droite ligne de l’éducation non colonialiste que j’avais reçue — l’action de la LICRA (Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme). Le racisme m’a toujours révoltée, mais, plus précisément à propos de la Shoah, ma révolte la plus vive reste liée à l’extermination des enfants juifs.Dans la période plus récente, la remontée de l’extrême droite en France, le fait qu’on laisse encore s’exprimer ses leaders m’ont donné des motivations supplémentaires d’agir. Chaque fois que je sais l’existence d’un renouveau de dictature, où qu’elle soit, je réagis. En fait, tous les jours j’ai des moments de révolte devant certaines attitudes, devant des politiques qui nous abreuvent de promesses en évitant les vrais problèmes d’injustice ou de guerre… Il ne peut en être autrement.Les anniversaires et célébrations de 2005 peuvent-ils, soixante ans après le dévoilement de l’horreur aux yeux de tous, avoir une fonction de mobilisation ? Peut-être, à condition que ceux qui prennent aujourd’hui la parole aient subi à un titre ou un autre la barbarie nazie ; trop de discours émanent de personnes qui n’ont pas compris la profondeur de ce drame. A l’avenir c’est l’histoire de cette période, construite à partir d’une approche rigoureuse des témoignages, qui doit tenir une place importante dans la diffusion de l’histoire en général. En sachant que le travail nécessaire, en profondeur, est de rallier l’opinion aux raisons d’être, toujours actuelles, de la Résistance.

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