Le Principe de plaisir
Le Principe de plaisir

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  • 696 pages
  • 42 Illustration(s) couleurs, Index, Bibliographie
  • Livre broché
  • 16 x 23 cm
  • Les Belles Lettres / essais
  • N° dans la collection : 38
  • Parution :
  • CLIL : 3387
  • EAN13 : 9782251452746

Le Principe de plaisir

Esthétique, savoirs et politique dans la Florence des Médicis (XVIe-XVIIe siècle)

Présentation

Ce livre raconte plusieurs histoires en une. D’une part, celle d’une des académies les plus originales et les plus productives de la fin de la Renaissance florentine, l’académie des Alterati (1569-ca. 1630). D’autre part, celle d’un groupe social restreint, constitué de quelques dizaines de jeunes patriciens florentins que le pouvoir médicéen ne voyait pas d’un bon œil parce que leurs ancêtres avaient lutté pour maintenir la République oligarchique. Ces jeunes nobles firent de leur académie un lieu où occuper leurs loisirs et partager leurs plaisirs — artistiques et autres —, mais aussi un collectif où travailler ensemble à leur intégration dans la société de cour médicéenne.

En troisième lieu, ce livre raconte l’histoire d’un corpus de documents, aujourd’hui dispersé, mais qui constituait jadis le fondement de toutes les activités des « Altérés ». Ces milliers de folios de documents, pour l’essentiel restés à jamais manuscrits — et très largement inexplorés — contiennent des discours académiques, des lettres, des registres d’activité, des dialogues, des poèmes collectivement corrigés, etc. Leur analyse permet de suivre au jour le jour les activités des Alterati pendant près de six décennies, et d’examiner, à travers la forme matérielle que prirent leurs travaux, comment émergèrent en leur sein, au fil de leurs débats, des horizons intellectuels collectifs. 

Par l’entrelacement constant de ces trois histoires, ce livre en raconte enfin une quatrième : celle des actions, activités et discours qui, au sein de l’académie des Alterati, ont participé à la constitution de l’esthétique en savoir (et en savoir-faire) d’un type nouveau. À travers le cas des Alterati, ce livre pose ainsi la question de la formalisation des savoirs et pratiques esthétiques qui sont aujourd’hui les nôtres — et celle des liens entre leur émergence et la montée en puissance de l’autoritarisme politique moderne, au sein des aristocraties européennes de la première modernité. 

Biographies Contributeurs

Déborah Blocker

Déborah Blocker est professeure à l’Université de Californie, Berkeley (USA), où elle enseigne la littérature et l’histoire culturelle de l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles). Ancienne pensionnaire du Harvard University Center for Italian Renaissance Studies (Villa I Tatti), elle s’interroge depuis plus de vingt années sur le statut des arts et le développementdes discours et pratiques esthétiques dans la France et l’Italie de la première modernité. Elle est l’auteur de plusieurs travaux dont Instituer un « art »: politiques du théâtre dans la France du premier XVIIe siècle (Paris, 2009) et travaille actuellement à documenter les usages qu’Henri II, dernier duc de Montmorency et sa femme, Marie-Félicie des Ursins,firent des arts (peinture, sculpture, architecture, poésie, histoire, etc.) dans les temps de leur disgrâce (1632-1666).

Table des matières

Introduction — Investir les arts en tant que particuliers dans la Florence des Médicis 

Chapitre 1. Fondations 
1. Au(x) commencement(s) des Alterati 
1.1. Dire son désir — et le taire : le Desioso, historiographe d’un non-dit 
1.2. Silences, tensions et étrangetés 

2. Mémoire(s) : une impossible mise en récit ? 
2.1. Faire et raconter : mémoire n’est pas histoire (1570-1580) 
2.2. Dire l’académie, enfin ? Histoire d’un ultime naufrage (1618-1621) 

3. Effacer les dynamiques de pouvoir : coups de force et re-historicisation(s) 
3.1. Les Alterati dans la mémoire des letterati du grand-duché 
3.2. Au miroir de l’Académie Florentine — ou l’envers d’une histoire 
3.3. Un coup d’académie ? 
3.4. Les ailes du désir : l’accademia privata, un rêve de liberté ? 
3.5. L’affirmation discrète d’une culture académique alternative 


Chapitre 2. Les ambivalences d’une académie patricienne : commémorer la République — ou l’enterrer ? 
1. D’un palais l’autre 

2. Giovan Battista Strozzi : carrière de patricien lettré dans la Florence des Médicis 
2.1. Un homme riche mais dont l’insertion à la cour fut longtemps incomplète 
2.2. Une transition difficile à négocier 
2.3. Rome et Milan (1590-1599) 

3. Les Alterati : une académie où le patriciat s’assemble et se ressemble 
3.1. Entre soi 
3.2. L’opposition aux Médicis en héritage 
3.3. Endogamie(s) : l’académie entre reproduction et distinction 

4. Dissidence et/ou adhésion : une institution ambivalente 
4.1. La République et l’académie : un jeu pour un autre ? 
4.1.1. Une caricature de République ? 
4.1.2. Carrières académiques et magistratures civiles 
4.1.3. L’activité académique comme vie civile relocalisée 
4.2. Enterrer la République dans le jeu, l’ivresse et l’autodérision burlesque ? 
4.2.1. Les Alterati, une République ivre et avide de plaisirs 
4.2.2. Rejouer la République et/ou s’en moquer : de la nostalgie à la parodie 

5. L’académie comme tremplin ? Marginalités et réinsertions 
5.1. De l’académie pensée comme instrument d’une réintégration sociale collective 
5.2. Une réinsertion par la culture ? 


Chapitre 3. Les Alterati au miroir de leurs productions académiques 
1. Vous avez dit (production) académique ? 

2. Transmissions : de l’armadio académique aux collections nationales 

3. Destinations internes, communauté scripturaire et effets de coterie 

4. Se publier collectivement par le secret : l’art, la manière et les finalités 

5. Oralité, circulation manuscrite et stratégies de publication par l’imprimé 
5.1. Oralité et éciture : dire et écrire en milieu académique 
5.2. Jeux de manuscrits : un cas de publication manuscrite différenciée 
5.3. Publication manuscrite et publication par l’imprimé 
5.4. L’imprimé : éloge, monument(s) et formes de la publication doctrinale 
5.5. Modes de publication et régimes de publicité 

6. Penser collectivement : une communauté où l’unanimité n’est pas de mise 
6.1. De la collaboration comme éthique plutôt que comme produit ? 
6.2. Travail en commun et perspectives partagées 
6.3. Individualités noétiques et sentiment collectif en milieu académique 

7. Comment lire une production académique — et même comment lire une académie ? 


Chapitre 4. L’académie comme lieu de l’art : loisir, critique, plaisir(s) 
1. Vivre en patriciens : les Alterati, entre villa et académie 

2. L’otium académique : un état défini par le travail des arts 
2.1. Exister hors des logiques de l’office, de la profession et du service 
2.2 : Travailler aux arts : s’exercer, contempler, s’élever 

3. S’exercer à juger, à corriger et à créer : pratiques et enjeux 
3.1. Évaluer des conduites, apprécier des écrits : accusation, censure, amendement 
3.2. Contrer l’expurgation : la censure comme amélioration et comme collaboration 
3.3. Corriger ou critiquer : les Alterati, censeurs implicites de la Crusca ? 
3.4. Secrets de métier et arts de faire : la production poétique comme travail collaboratif 
3.4.1. Procédures collaboratives : évaluations et classements 
3.4.2. De l’essai à l’art ? 

4. L’académie comme lieu de plaisir(s) partagé(s).

Chapitre 5. Les détours du plaisir : théories et pratiques de l’art, entre cour et académie 
1. Les Alterati dans le sillage du Tasse 

2. Énoncer les logiques du plaisir : un discours fragmenté, pluriel et dissimulé 
2.1. Matérialités : le plaisir comme principe premier 
2.2. Sensualité, intellectualité et transcendance : l’art comme mode d’accès au divin 
2.3. Plaisirs, honnêteté et pouvoirs : l’art comme lieu d’une liberté contrainte 

3. Art, transcendance et pouvoir dans l’Euridice (1600) 
3.1. Dedans/dehors : les Alterati et la production d’un divertissement curial 
3.2. « Altérer » la fable d’Orphée : secret, allégorie et représentation indirecte de soi 
3.3. Figuration d’une matérialité transcendante : sensualité, spiritualité et spectacle 
3.4. Entre sacré et profane : la Rappresentatione de Cavalieri, l’Euridice des Alterati et l’Orfeo des Invaghiti 
3.5. Euridice ou le spectacle de la confrontation de l’art et du pouvoir 
3.6. L’Orfeo des Alterati ou l’art entre sujétion et indépendance 


Épilogue — (Re)penser l’histoire de l’esthétique à travers celle des Alterati ? 
Inventaire analytique des documents manuscrits consultés 
Bibliographie des sources imprimées 
Index des noms de personnes, oeuvres, lieux et institutions 
Index des manuscrits et des livres annotés 
Remerciements 
Table des illustrations 

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