CATALOGUE


Recherche avancée

 
<< retour

Budé

Publiée sous le patronage de l'Association Guillaume Budé (dont le but est de défendre et promouvoir la culture classique et la culture intellectuelle en général), la Collection des Universités de France, dite "Collection Budé", comprendra tous les textes grecs et latins jusqu'à la moitié du VIe siècle, mis à jour et accompagnés de traductions françaises nouvelles, d'introductions, de notices, de notes et d'un apparat critique.Volumes brochés, imprimés sur papier teinté de longue conservation fabriqué spécialement pour la collection.

Les textes font toujours l'objet de recensions nouvelles et personnelles. Ils sont établis d'après les manuscrits reconnus les plus importants et constituent de véritables éditions critiques. Ils comportent un apparat critique bref, dépourvu de considérations inutiles et servant à justifier le texte qui est donné. Grâce à lui, le lecteur peut apprécier la valeur du texte qu'il a sous les yeux et celle des variantes écartées par l'éditeur.

Les traductions s'efforcent d'être à la fois exactes et littéraires. L'Association Guillaume Budé a jugé qu'une oeuvre entière ne pouvait être traduite dans le même esprit qu'une page, qu'il fallait s'efforcer avant tout de reproduire le mouvement, la couleur, le ton du texte antique et qu'il était indispensable de mettre la traduction en regard du texte.

Les introductions réunissent l'ensemble des renseignements nécessaires à la compréhension générale de l'auteur et de l'œuvre. Les notices étudient les questions de date, de composition, de sources, des différentes parties de l'œuvre. Les notes, au bas des pages de traduction ou en fin d'ouvrage, fournissent certaines explications historiques. Plusieurs volumes récents comportent même un commentaire plus ou moins développé, selon la nature de l'œuvre. Par ailleurs, Les Belles Lettres ont lancé une collection "Classiques en poche" qui, en un format de poche, reprend le texte (sans apparat critique) et la traduction de la Collection des Universités de France.  

Présentation de la collection par Alain Segonds, directeur de recherches au CNRS et directeur général de la Société d'édition Les Belles Lettres

Sous l’égide d’un humaniste : Guillaume Budé

La légende dorée de la collection veut qu’elle soit née d’une banale constatation faite par un linguiste français, Joseph Vendryès (1875-1960) : recevant son ordre de mobilisation en 1914, il fut incapable de trouver une édition savante d’Homère qui pût tenir dans son paquetage d’officier, hors une édition allemande. Un comble ! Il mettait ainsi le doigt sur une situation paradoxale : alors que les études classiques étaient prospères en France à la fin du XIXe siècle, il n’y existait aucune collection développée qui rassemblât des éditions de textes grecs et latins, susceptibles de répondre aux exigences de la philologie, telle qu’elle se développait depuis le milieu du XIXe siècle. Ni les grandes collections latines de Lemaire, de Panckoucke ou de Nisard, ni la grande Bibliothèque grecque de Didot ni même la collection Hachette ne pouvaient répondre à cette demande, les unes parce qu’elles étaient trop anciennes et reflétaient plutôt la tradition des éditions variorum, les autres parce que leurs versions étaient souvent fautives, ou parce que leurs textes étaient incorrects… Dans l’enseignement, on avait pris l’habitude d’utiliser les éditions allemandes, en particulier celles de la célèbre collection Teubner – qui paraissait à Leipzig depuis 1850 sous le titre de Bibliotheca scriptorum graecorum et romanorum Teubneriana.

À la fin de la Grande Guerre, et après de longues discussions, un certain nombre de savants, d’hommes de lettres et d’hommes politiques décidèrent de s’unir pour fonder l’« Association Guillaume Budé », en prenant pour porte-drapeau l’un des grands philologues du XVIe siècle : Guillaume Budé (1467-1540) que ses travaux d’helléniste, de juriste et d’éditeur avaient distingué, au point que le roi François Ier, sur son conseil, institua des « lecteurs royaux », chargés d’enseigner les langues anciennes et les sciences dans le nouvellement créé Collège de France (1530). Les fondateurs de l’association entendaient ainsi signifier qu’il s’agissait de faire vivre – ou revivre – une tradition philologique typiquement française, où l’appréciation littéraire des textes s’appuierait sur les ressources de l’érudition la plus exacte.

L’association se donnait comme mission de contribuer à la diffusion des lettres classiques, et le moyen le plus adapté lui parut, justement, de « combler une lacune de l’édition française en publiant une collection complète d’auteurs grecs et latins, textes et traductions ». Il s’agissait de donner enfin au public français la collection d’éditions savantes des textes grecs et latins, qui constituaient encore la base d’une bonne éducation littéraire, ou même de la culture générale. L’ambition initiale ne se limitait d’ailleurs pas à publier des textes classiques grecs et latins, mais on envisageait aussi des éditions de classiques byzantins, néo-latins, français, arabes, chinois…

Née dans la fièvre de l’après-guerre, cette initiative n’aurait pas résisté bien longtemps, si elle n’avait à la fois rencontré un véritable besoin et proposé un modèle novateur. Car les volumes qui allaient être publiés à partir de 1920, sous l’égide de l’association, par les soins de la société d’édition Les Belles Lettres, qu’elle avait choisie pour la réalisation pratique, tranchaient sur tout ce qui s’était fait jusqu’alors dans le domaine des éditions de texte et ont fait largement école depuis, preuve que la formule trouvée dès l’origine était la bonne.

Un modèle novateur

D’abord le format choisi rompait avec l’habitude du livre de grand format de l’in-octavo savant : ainsi, comme l’avait désiré Vendryès, on pourrait facilement glisser un « Budé » dans un sac ou dans sa poche, c’était donc un volume broché. Ensuite, le fait qu’il s’agissait primordialement de l’édition d’un texte classique était bien marqué : le texte grec (ou latin) était placé sur la page de droite, la page directrice, tandis que la traduction était rejetée sur la page de gauche ; sous le texte original était donné un apparat critique, marque du caractère scientifique du texte édité (alors que bien souvent, jusqu’alors, l’apparat était rejeté mal commodément dans la préface) ; la traduction française était accompagnée d’un ensemble, plutôt parcimonieux, de notes de bas de page (destiné à équilibrer les deux textes) ; les deux textes étaient découpés en paragraphes, suivant l’argumentation de l’auteur. Le tout était précédé d’une introduction, où étaient abordées les questions les plus générales (auteur du texte, sa biographie, son œuvre, tradition manuscrite…) suivie, le cas échéant, de notices, où étaient présentées les questions particulières posées par tel livre, telle pièce… Sur la page de titre figurait déjà la mention rituelle qui accompagne tous les volumes publiés à ce jour dans la collection : « Texte établi et traduit par… », qui confirme que le travail sur les deux pages était indissociable : il s’agissait non seulement de produire un texte critique, mais encore de le mettre à la disposition du public. Au verso de la page de titre figurait également la formule rituelle par laquelle l’association donne son placet et marque sa responsabilité : « Conformément aux statuts de l’Association G. Budé, ce volume a été soumis à l’approbation de la commission technique, qui a chargé M. X. d’en faire la révision et d’en surveiller la correction des épreuves en collaboration avec M. Y .». Telle était la maquette du premier « Budé » lorsqu’il parut en 1920, telle encore celle des volumes que nous publions en ce moment.

Après bien des difficultés parut en août 1920 le premier volume de chacune des deux séries : dans la série latine, à l’emblème de la Louve romaine (et de couleur rouge), le premier volume du De rerum natura de Lucrèce, dû à Alfred Ernout ; dans la série grecque, à l’emblème de la Chouette d’Athènes (et de couleur jaune), le premier volume des Œuvres complètes de Platon, dû à Maurice Croiset. La collection prit rapidement son rythme de croisière, et dès 1922 elle comportait déjà 12 volumes (4 grecs et 8 latins) ; le centième volume est atteint en 1931. Dès lors, la collection ne cesse de se développer, mais avec des hauts et des bas : la crise des années trente se profile et des volumes comme Lucrèce sont épuisés, se pose alors la question, purement économique, de leur réimpression. La série grecque, qui avait commencé à plus faible allure, rattrape rapidement son retard et dépasse la série latine : aujourd’hui elle comporte 430 volumes, contre seulement 370 dans la série latine. La collection comprend donc, au total, 800 volumes : en fait, si l’on tient compte des éditions qui ont été refaites…, on a déjà largement dépassé ce chiffre.

À l’origine, la « collection Budé » se proposait de « publier une collection complète d’auteurs grecs et latins » : cela impliquait, évidemment, que les écrivains chrétiens fussent inclus : et, par exemple, dès 1925 l’on publiait la Correspondance de saint Cyprien dans la série latine, ou les Confessions de saint Augustin ; en grec, il faut attendre 1935 pour voir apparaître un court texte de saint Basile. La place des auteurs chrétiens est, de toute façon, très modeste et réduite le plus souvent à des recueils de lettres, célèbres pour leur valeur littéraire. Depuis la création de la collection « Sources Chrétiennes » en 1942 à Lyon, les domaines sont clairement partagés : aux Sources la grande majorité des auteurs chrétiens, à la Collection Budé, quelques pièces de caractère littéraire (correspondances, poésie). À l’heure actuelle, notre dessein est de publier tout ce qui a été écrit, en grec comme en latin, avant le règne de l’empereur Justinien (VIe siècle) : cela représente au moins 1500 à 2000 volumes dans notre collection. À terme, le grec représentera environ les deux tiers. On voit donc qu’il y a encore fort à faire !

La collection est publiée sous le patronage de l’association Guillaume Budé : celle-ci, en effet, nomme un directeur pour chaque série de la collection, qui est chargé de recruter les nouveaux éditeurs, de suivre leurs travaux et, lorsque le volume est achevé, de nommer un réviseur qui s’assure que le volume mérite de figurer dans la collection. À l’origine, l’unique directeur pour les deux séries était Paul Mazon (1874-1955) auquel succédèrent, pour le grec, Alphonse Dain, Jean Irigoin puis récemment Jacques Jouanna ; pour le latin, Alfred Ernout, puis Jacques André, Paul Jal et enfin Jean-Louis Ferrary.

En quoi consiste le travail d’un éditeur de la collection ?

Après accord avec le directeur d’une des deux séries, le futur éditeur peut se mettre à l’ouvrage. Il doit, d’une part, rassembler la documentation scientifique sur son texte ou son auteur (articles, livres, thèses…) et, d’autre part, chercher à identifier tous les manuscrits anciens qui transmettent ce texte. Pour cela, la consultation des catalogues de manuscrits grecs ou latins – ou maintenant des bases de données informatiques – est indispensable. Il faut ensuite commander des microfilms de ces manuscrits dans leur bibliothèque respective. Commence alors la période la plus fastidieuse, mais aussi la plus importante : la collation de tous ces témoins, le relevé méthodique de tous leurs écarts par rapport à un texte standard. C’est à partir de ce travail qu’il sera possible d’identifier les manuscrits « copiés » (c’est-à-dire ceux dont on possède le modèle) et de commencer à classer les autres (ceux dont on ne possède pas le modèle), pour aboutir à ces tableaux généalogiques que les philologues appellent un stemma codicum : tout ce travail se fait en repérant très soigneusement les fautes communes aux manuscrits. On fait encore intervenir dans cette phase de recherche tout ce que l’on peut savoir de l’histoire d’un manuscrit, de son origine, de sa date, de son scribe, de son histoire… pour préciser le stemma. Lorsque ce stemma est établi, l’on peut reconstituer le texte transmis par le plus ancien ancêtre commun à toute la tradition ; reste alors à l’étudier soigneusement pour y déceler d’éventuelles fautes, plus anciennes encore : cette fois, il faudra recourir à la conjecture, c’est-à-dire à la correction, en s’appuyant sur la grammaire, sur la logique… C’est seulement une fois franchis tous ces obstacles que l’on peut songer à préparer son manuscrit en vue de l’édition. Celui-ci sera alors soumis à l’avis d’un réviseur, qui suggérera des améliorations ou des compléments, proposera des remarques…, dont l’éditeur a le plus grand intérêt à tenir compte, puisqu’il s’agit du jugement de son premier lecteur, d’un lecteur souvent compétent. L’ouvrage ainsi revu partira chez l’imprimeur, en vue de la confection d’épreuves. Puis au bout de longues heures de correction et de quelques mois d’attente paraîtra enfin le volume, sous sa couverture jaune s’il est grec, rouge, s’il est latin.

En parcourant un catalogue détaillé de la collection, on se rend compte que, dans les 85 ans qui viennent de s’écouler, elle a réussi à donner des éditions d’à peu près tous les grands classiques. Chez les Grecs : Homère, les tragiques grecs, les orateurs attiques, Platon (26 volumes), Hérodote (11 volumes), Thucydide (6 volumes), Polybe (10 volumes parus, en voie d’achèvement), les poètes épiques hellénistiques (Apollonius de Rhodes) et tardifs (Quintus de Smyrne, Nonnos de Panopolis), Plutarque (Vies parallèles en 16 volumes ; Œuvres morales, 20 volumes parus), Hippocrate (11 volumes parus), romans grecs (complet), philosophes néoplatoniciens (Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus), Strabon (11 volumes parus), Xénophon (inachevé), Lucien (3 volumes parus), Appien (4 volumes parus). Chez les Latins, même constatation : la publication des auteurs les plus importants est achevée ou en bonne voie de l’être : Ammien Marcellin (6 volumes), Apulée (5 volumes), Aulu Gelle (4 volumes), Catulle, Tibulle (achevés), Cicéron (54 volumes parus), Histoire auguste (5 volumes parus), Ovide (13 volumes), Plaute et Térence (achevés, 10 volumes), Pline l’ancien (près de son terme : 37 volumes parus), Quintilien (7 volumes), Sénèque (18 volumes), Tacite (10 volumes), Tite Live (en cours, 28 volumes parus), Varron (4 volumes parus), Vitruve (8 volumes parus), Virgile (5 volumes parus).

Il y a cependant des lacunes considérables : d’Aristote, nous avons sans doute publié 29 volumes, mais il nous manque encore un texte aussi important que la Métaphysique ; toujours chez les philosophes, il nous manque certains textes de Xénophon, des collections de fragments des stoïciens ou des épicuriens. Il manque encore des textes scientifiques, particulièrement en grec : Euclide, Hipparque, Héron, Ptolémée, Cléomède, Pappus ne figurent pas encore dans la collection. Dans les ouvrages littéraires, il manque Dion Chrysostome, les Philostrates ; notre édition de Libanios est à peine esquissée ; beaucoup de fragments papyrologiques de Callimaque attendent d’être publiés… En latin, les manques sont moins considérables du simple fait que l’héritage latin est beaucoup moins important que l’héritage grec.

Une tradition typiquement française, mais qui a pris une dimension européenne

La plupart de nos collaborateurs sont des universitaires ou des chercheurs au CNRS. Le temps est révolu, semble-t-il, où un membre de l’Académie française occupait ses loisirs à traduire Ovide (Marcel Prévost), où un homme politique traduisait Flavius Josèphe (Léon Blum), où un grand journaliste envisageait de traduire saint Basile (Charles Maurras).

Aujourd’hui de nombreux programmes d’édition sont, par nécessité, conçus à l’échelle européenne : témoin l’édition de Galien, dont nous avons commencé la publication en 2000. Galien n’est pas seulement l’auteur grec dont le plus grand volume de texte nous a été transmis, c’est aussi un auteur dont les textes ont cheminé par des voies très étonnantes. Certains, par exemple, ne sont plus connus que par leur première édition imprimée, d’autres ne le sont qu’en grec, d’autres dans des traductions diverses (arabe, syriaque, hébraïque, latine) ; certains textes sont transmis par une ou plusieurs traductions, représentant des états différents… L’édition de ses œuvres, qui occupera au moins 80 volumes dans la collection, s’échelonnera donc sur de très longues années et requiert la collaboration de toutes sortes de spécialistes ; pour accélérer la réalisation de l’édition, on a recours à quantité de savants européens.



 ©2014 lesbelleslettres.com        Mentions légales       Conditions générales de vente       Liens        RSS       powered by GiantChair